Le soir on marche vite, on court, sans un seul regard alentour
Sur les modernes paysages de la grande cité sans âge.
On croit la connaître, on a tort, n’est-elle plus pour nous qu’un décor ?
Ce ne fut pourtant pas facile, ne croyez pas que, comme ça
A d’un seul coup surgi la ville qui emprisonne tous nos pas
Au bord de la grève, il n’y avait rien ou peut-être un rêve et aussi, plus loin
Loups et forêt noire de nos cauchemars
L’espoir et la peur ont fait cette ville et vite son cœur bondit hors de l’île.
De dessous la terre, on tira la pierre et dans la poussière on en fit des murs
La vie serait sûre
De partout sur terre on vit affluer les nobles matières et les gens pressés
Avec le talent et les connaissances, le travail des hommes, aussi leur souffrance
La ville grandit
On creusa plus bas, construisit plus haut, plus vite et plus loin, du laid et du beau
Puis on détruisit puis reconstruisit, affolés peut-être du rêve parti
Les peurs toujours là.
Non, ça n’a pas été facile de construire la grande ville
Où chacun, en rentrant chez soi, tous les soirs, allonge le pas
Les forêts ont été coupées, aucun loup ne vient plus rôder
Et le dernier depuis longtemps a rejoint un livre d’enfants
Mais pourquoi alors cette peur qui le soir affole nos cœurs ?
Un autre monstre est parmi nous peut-être pire que le loup
Il n’a pas de nom, et pas d’âge, nos lumières l’ont réveillé.
Arrive-t-il d’un long voyage, ce monstre froid, et sans visage,
Où était-il là le premier ?